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L’expertise de la semaine : Gestion dynamique des stocks par DDMRP

DDMRP

Le mot de l’expert de la semaine est consacré au DDMRP, pour une gestion optimisée des stocks. Vous découvrirez via un entretien entre Flore RIGOT, Responsable Marketing & Communication SILVERPROD, et Jean-Pierre BERNARD, Consultant Associé à ProCC, comment le DDMRP peut palier aux problèmes soulevés par la gestion des stocks traditionnelle.

Brison St Innocent 28.05.2010

 

 

 

 

 

 

 

FR : De nombreuses entreprises sont confrontées à un problème de trésorerie, le fameux BFR (Besoin en Fond de Roulement) des financiers, et ceux-ci pointent toujours négativement le coût des stocks.

Vous proposez une solution pour cela ?

JPB : Tous mes clients travaillent à l’affaire, et donc en mode projet, avec une forte parallélisassions des affaires. Une difficulté réside dans la gestion des stocks : on ne sait pas vraiment quand le projet va démarrer. Du coup, on approvisionne en avance et en grande quantité pour éviter au projet de prendre du retard à cause d’une rupture d’approvisionnement au début ou en cours d’affaire. On trouve donc du surstock sur de nombreux composants générant une forte immobilisation financière et un trou dans la trésorerie de l’entreprise : la demande client est donc forte pour une gestion dynamique et optimisée des stocks.

 

FR : Quelles sont les difficultés actuelles pour traiter ce problème ?

JPB : Le premier obstacle réside dans la démarche : quelle méthode pour optimiser la gestion des stocks ?

Le deuxième obstacle réside dans l’outil : la méthode est-elle disponible dans mon ERP ?

La plupart des outils de gestion des stocks ne propose que le mécanisme de réapprovisionnement par seuil de déclenchement, similaire à la gestion de votre réservoir de carburant sur votre voiture : lorsque la jauge atteint la réserve, le témoin clignote et vous allez faire le plein à la prochaine station- service ;  en bref, vous oscillez entre le min et le max. Idem dans l’entreprise avec ses stocks.

La méthode DDMRP propose une technique pour calculer le seuil de réapprovisionnement et pour gérer votre stock dynamiquement : elle répond au premier obstacle. Par contre, à ce jour, les ERP du marché n’intègrent pas cette méthode et ne la proposent pas encore à leurs utilisateurs.

 

FR : Pourquoi ce rapprochement avec SILVERPROD ?

JPB : Nous accompagnons nos clients sur les méthodologies de gestion de projet et gestion de production depuis plusieurs années. Mais nous buttons sur le problème des outils informatiques pour accompagner la méthode DDMRP : on ne peut plus continuer à utiliser des patchs Excel pour résoudre ces problèmes. Notre cœur de métier n’étant pas le développement logiciel, nous avons souhaité à Pro CC, nous rapprocher d’une société de logiciel à l’écoute de ce besoin et avec qui nous partagions les mêmes affinités : c’est le cas avec SILVERPROD

SILVERPROD étant un éditeur de logiciel internationalement reconnu, nous avons constaté la même approche du client et le même ressenti de son besoin. Nous avons donc défini un projet commun : développer une extension « Gestion Dynamique des Stocks » basée sur la méthode DDMRP, et la plugguer dans les logiciels ERP proposés par SILVERPROD.

 

FR : Pouvez-vous nous en dire plus sur le DDMRP ?

JPB : Clarifions d’abord cet acronyme :

DD signifie « Demand Driven », c’est-à-dire « flux tiré par la demande ».

MRP signifie « Material Requirements Planning », c’est-à-dire « Planification des Besoins en Matériel ». A la base, il s’agit d’une méthode de planification de production établie aux USA dans les années 60/70. Elle découle d’une approche top/down dans laquelle la direction de l’entreprise définit son plan annuel ou pluriannuel, le fameux S&OP (Sales and Operations) que les français traduisent par PIC (Plan Industriel et Commercial). Cette méthode suppose que les prévisions à assez long terme sont stables : on est dans une approche hiérarchique à flux poussé (Push Process). L’informatisation de cette méthode a conduit à des logiciels MRP, ou ERP à moteur MRP. Les systèmes MRP sont très utilisés aux USA, un peu moins en Europe où la pression du Juste-à-Temps et la forte utilisation de la sous-traitance rendent ce type d’outil un peu obsolète.

Le DDMRP est une méthode américaine pour introduire du flux tiré dans un système à flux poussé, inventée par deux experts américains en Supply Chain : Carole PTAK et Chad SMITH. En particulier, ils ont défini une méthode séduisante de gestion dynamique des stocks.  Elle est particulièrement bien adaptée au marché US qui regorge d’outils MRP.

 

FR : Qu’est-ce que la TOC, et quel est le lien avec DDMRP et la gestion des stocks ?

JPB : TOC signifie Théorie de Contraintes, présentée par le célèbre scientifique Israélien Eliyahu GOLDRATT dans les années 90. La TOC a donné lieu aux applications suivantes dans l’organisation des entreprises :

DBR  (Drum-Buffer-Rope) en gestion de production :

Le flux de production est représenté par une chaîne de postes de travail.  La cadence de production sera limitée par le poste le plus lent : il faut donc le détecter comme étant le maillon faible de la chaîne, ensuite identifier quelle est la contrainte qui le restreint à cette cadence lente, puis relâcher la contrainte en disposant les ressources appropriées. Ce maillon n’est donc plus faible, et une itération permet de rechercher le nouveau maillon faible… Nous sommes bien dans un processus d’amélioration continue.  Lorsque tout a été amélioré, le flux de production doit être cadencé par le maillon faible et son tambour (Drum) tout en l’isolant du poste précédent par un buffer de sécurité, et en liant tous les postes de la chaîne au maillon faible par une corde (Rope). De là l’appellation DBR.

CCPM (Critical Chain Project Management) en gestion de projets :

Dans un projet, il existe de fortes parallélisation d’activités, et plusieurs branches sont exécutées en parallèle. Il faut donc détecter quelle est la branche la plus longue qui définit la livraison finale (le chemin critique) et ce en tenant compte de la capacité des ressources allouées (la chaîne critique).

Au niveau du portefeuille de projets, il faut identifier la contrainte de l’organisation, c’est à dire le pole de ressources qui, quel que soit les capacités des autres équipes, limitera l’organisation dans l’exécution de ses projets.

TOC et BOM

Un produit à fabriquer est décrit par son BOM (Bill of Material) ; en français on utilise les mots Nomenclature ou Gamme.  Le BOM liste les pièces nécessaires pour arriver au produit fini, mais indique aussi les niveaux de fabrication ou d’assemblage. Si on rajoute un axe de temps et on étale les pièces du  BOM selon les délais d’approvisionnement et d’assemblage, on obtient le planning de production du produit dans un format « diagramme de GANTT ». On peut donc rechercher la chaîne critique.

DDMRP

Le chemin critique devient le Lead Time du produit, c’est-à-dire le temps nécessaire pour fabriquer et livrer le client. On le calcule en tenant compte des délais d’assemblage ou fabrication mais aussi d’approvisionnement en provenance des fournisseurs. Pour le raccourcir, on détecte les maillons sensibles du BOM, et on positionne des buffers de sécurité qui isole les maillons des variations amont ou aval : le délai effectif perçu par le client est donc raccourci.  Le DDMRP est donc l’application de la théorie des contraintes dans la nomenclature, et la gestion des nomenclatures est la gestion opérationnelle des stocks de composants.

 

FR : Concrètement, comment gérer tous les stocks de composants ?

JPB : L’originalité du DDMRP est une classification des buffers en 54 types, avec une méthode de calcul des stocks/buffers. Un audit du process de l’entreprise permet de classer les stocks du BOM dans une catégorie, puis de déterminer les paramètres de chaque buffer (Lead Time, Consommation moyenne journalière, variabilité, fréquence de réapprovisionnement…). Le stock/buffer est construit en empilant des zones rouge, jaune et verte dimensionnées par les paramètres et les équations DDMRP. En contrôlant l’état du stock de chaque composant, on voit si celui-ci se situe dans le vert, le jaune ou le rouge, et une action est recommandée en conséquence.

 

FR : Comment implémenter cette méthode dans un outil informatique ?

JPB : Nous prévoyons d’implémenter les types de buffer, les types d’alertes et les paramètres buffer, les équations DDMRP, et une interface affichant visuellement les alertes de chaque stock. Cette extension de Gestion Dynamique des Stocks sera ensuite plugguée dans les logiciels installés par Silverprod : Microsoft Dynamics AX, SAGE X3, SILVERCS

 

FR : D’où vous vient cette expertise sur la Théorie des Contraintes ?

JPB : Mon associée, Isabelle ICORD, et moi-même, avons été formés à la Théorie des Contraintes par le Dr. GOLDRATT au cours de ses séminaires en France, USA et Israël. Ensuite, nous avons mis en pratique ses concepts et techniques dans nos entreprises respectives dans le secteur électronique. Il y a quelques années, nous avons créé notre cabinet de conseil pour accompagner les entreprises sur la Gestion de Projet et la Gestion de Production. Comme nous nous tenons informés des applications nouvelles autour de la TOC, nous avons suivi le développement de la méthode DDMRP.

 

Jean-Pierre BERNARD est Consultant Associé chez ProCC, cabinet de conseil en Management spécialisé dans l’application de la Théorie des Contraintes. Grâce à 25 années  de management opérationnel à l’international, il possède une solide expérience de projets internationaux dans l’industrie électronique et en outsourcing (Europe, Israël, USA, Inde, Corée). Il est également Professeur Affilié à Grenoble Ecole de Management, et auteur de plusieurs ouvrages sur le Management dont un avec Isabelle ICORD « CRITICAL CHAIN IN PRACTICE: Using the Theory of Constraints to Manage Projects & Portfolios », ISBN 978-2-35422-244-4.

 

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